mardi 17 avril 2007

Plantes...

Non, ceci n'est pas chronologique. Ma visite au Jardin Botanique de Montréal remonte au mois dernier. Mais les deux pieds dans la slush, je me suis mise à rêver de cet endroit où l'on pouvait croire que c'était l'été...




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dimanche 15 avril 2007

Scènes urbaines

C'est la semaine des photos en vrac, saisies hier pendant un parcours sans but de Montréal. Rien de grandiose, mais quelques trucs drôles...

Lieux de culte
Il y a un tas d'églises et d'autres lieux de culte à Montréal. On passe du beau à l'horrible en passant par l'étrange. J'ai croisé deux de ces endroits dans ma promenade d'hier: un beau et un étrange (devinez qui est qui...). Par contre, je ne suis pas allée à l'Oratoire St-Joseph, ce qui est probablement mieux pour mes finances puisqu'il y avait un énorme encan où plein de trucs de valeur ont été vendus, y compris... un chandail du Canadien. Ça, comme étrangeté, c'est difficile à battre...


Végétation urbaine
Une pensée pour cet arbuste qui semble aussi malheureux que moi en ville: il est si difforme, mal proportionné et asymétrique qu'il ressemble presque à un bonzaï. Il a clairement besoin de vacances.


L'art de tout gâcher
Il existe quelques coins qui pourraient être jolis dans cette ville. Malheureusement, contrairement à se qui se trouve dans des zones moins urbaines, ils sont toujours gâchés par quelque chose de laid. Prenez par exemple le petit parc Molson avec sa rotonde et ses jolis arbres... et son panneau qui exhorte les gens à tenir leur chien en laisse. Je ne dis pas que le panneau est injustifié... mais ce serait tellement plus beau s'il n'était pas là.
Question-quizz: pourquoi chaque minuscule coin de verdure a-t-il besoin de son tribut à l'art moderne?
Le pigeon
Parce qu'il est impossible de marcher à Montréal sans croiser plusieurs douzaines de pigeons... Apparemment, la ville, ça convient à certains.
Et la suite?
Aujourd'hui, j'avais l'intention d'aller dans d'autres coins de la ville en quête de photos absurdes, mais paf!, me voici terrassée par le rhume d'Olivier (merci, mais j'aurais pu m'en passer ;-) ). Je reste donc chez moi, inerte. A+

jeudi 12 avril 2007

La Faucheuse

Une deuxième nouvelle, celle-là inspirée par des événements récents. Comme la précédente, elle n'a été ni relue, ni corrigée par qui que ce soit d'autre que moi. Enjoy.

La Faucheuse

C'est une petite vieille assise dans une chaise berçante. Elle parait calme et même amorphe, mais si l'on s'approche d'elle, on peut voir que ses mains tremblent. On peut aussi voir ses yeux, fous de panique comme si le Diable en personne se tenait devant elle.

Il y a cinq ans, elle a fait une crise cardiaque, et elle en est revenue transformée. Pas vraiment pour le mieux, d'ailleurs. Elle s'est réveillée à l'hôpital et sa première vision a été un forme vêtue de noir, penchée sur elle, faux à la main. Depuis ce temps, dès qu'elle est seule, elle voit la Faucheuse.

Au début, elle a cru être encore sous le choc d'avoir frôlé la mort. Elle n'osait pas parler de ses visions aux infirmières ou à ses enfants qui venaient la visiter. Cependant, chaque soir, elle s'endormait sous le regard vide de la Faucheuse. Les mois passaient, et la Faucheuse se faisait de plus en plus présente. Dès que ses amies quittaient sa chambre après leur partie de cartes quotidienne, la vieille voyait la Faucheuse ouvrir la porte, entrer, puis s'asseoir sur le lit pour l'observer.

La petite vieille s'est mise à trouver un foule de prétextes pour retarder le départ de ses amies, de ses enfants, de quiconque venait la voir. Trouvant ce comportement étrange, ses enfants lui ont demandé ce qui se passait. Ils ont été surpris d'entendre leur mère dire: "La Faucheuse veut me prendre! Dès que vous partez, elle vient et elle me regarde!"

Alarmés, les enfants ont appelé des médecins, des psychologues, des psychiatres. La petite vieille les a tous vus sans rechigner, en espérant que l'un d'eux puisse éloigner la Faucheuse. De toute façon, pendant qu'elle était ballotée d'un spécialiste à l'autre, la vieille n'était pas seule. Alors elle endurait les examens et les questions.

Le verdict est tombé: dépression causant des crises d'angoisse. La petite vieille a eu un regain d'espoir. Un dépression, ça se soigne. On vous donne des médicaments et les visions disparaissent. Ce n'est pas grave de prendre des médicaments contre la dépression, contre l'insomnie, contre l'anxiété, contre tout, si la Faucheuse disparait.

La petite vieille a religieusement pris ses médicaments pendant plusieurs semaine, mais la Faucheuse n'est pas partie. Au contraire, la forme noire est devenue de plus en plus présente. La vieille avait de plus en plus peur. Au fond d'elle, elle savait que ses jours étaient comptés. Elle parlait à tout le monde de la Faucheuse, mais, bien sûr, personne ne la croyait. D'autant plus que le spectre disparaissait chaque fois que quelqu'un entrait dans la pièce.

La vieille a alors adopté le fauteuil qui trônait en plein milieu du salon de la maison de retraite où elle habitait. Au moins, dans cette pièce, il y avait toujours du monde, donc la Faucheuse n'osait pas se montrer. Cependant, le soir, une fois le salon vide, il lui fallait toujours retourner seule dans sa chambre. Et à ce moment, la Faucheuse n'hésitait pas. Elle entrait et s'assoyait sur le lit, puis posait sa faux sur ses genoux. Un soir, le spectre a poussé l'audace jusqu'à parler.

"Tu vas aller en enfer, ma vieille!", s'est mis à chantonner la Faucheuse d'une voix d'outre-tombe. "Tu vas aller en enfer!"

C'en était trop! La petite vieille s'est précipitée hors de sa chambre et, ce faisant, a trébuché sur sa robe de nuit et s'est étalée de tout son long sur la moquette sale de la maison de retraite en se cognant la tête sur le mur. Retour à l'hôpital en ambulance. Un médecin a demandé à la vieille comment elle était tombée: elle lui a parlé de la Faucheuse, qui s'amusait à la narguer! Inquiet, le médecin l'a référée à un collègue psychiatre, après s'être assuré que sa blessure à la tête n'était pas sérieuse.

Une fois encore, la petite vieille a été examinée par des psychologues et psychiatres, et ils en ont conclu que sa dépression s'aggravait. Ils ont décidé de la garder à l'hôpital, dans une chambre double du secteur psychiatrie. La vieille était prise avec une voisine de lit folle qui parlait sans arrêt, nuit et jour, mais il y avait un avantage: elle n'était plus jamais seule.

Et donc, la Faucheuse ne se montrait plus.

Les médecins ont été grandement impressionnés par les progrès de la vieille, et ils ont déterminé que sa dépression était sous contrôle. Retour à la maison de retraite… et retour de la Faucheuse. "Je vais mourir!" hurlait la vieille dès qu'on la ramenait à sa chambre le soir. "Ne me laissez pas seule! Je vais mourir!" Rendus perplexes par les yeux exorbités de la petite vieille et par ses hurlements, les employés de la maison de retraite l'ont retournée à l'hôpital pour observation.

Cette fois, elle a eu droit à une chambre privée. Et dès que l'infirmière a quitté la pièce, la Faucheuse y est entrée. "Tu vois, ma vieille? Tu es folle!" s'est exclamé le spectre de sa voix gutturale. "Ton heure approche! Tu vas aller en enfer!"

La vieille s'est mise à hurler comme une possédée. L'infirmière est revenue en courant, puis a appelé le psychiatre d'urgence. Le psychiatre, arrivé une heure plus tard, a été éberlué de voir à quel point l'état de sa patiente s'était détérioré en si peu de jours. "Ses crises d'angoisse deviennent incontrôlables", a-t-il dit. "Il faut l'interner."

Depuis ce jour, la petite vieille vit dans l'aile psychiatrique d'un hôpital, sous sédatifs. Chaque fois qu'elle sort un peu de sa stupeur, elle voit la Faucheuse rire au pied de son lit en aiguisant sa faux.

Parfois, elle a des moments de lucidité assez longs pour se demander comment elle en est arrivée là.

Ce qu'elle ne sait pas, c'est qu'elle est morte il y a cinq ans, et qu'elle est en enfer.

mardi 10 avril 2007

Alors, c'est qui ces tortues?

Qui sont les tortues qui ont inspiré le nom de ce blogue? Une image pour expliquer le titre :-)

lundi 9 avril 2007

Neige

Pâques en Estrie, mais avec de la neige comme à Noël.
Au moins, c'est original... d'autant plus qu'à Noël, la neige, il n'y en avait pas!







dimanche 8 avril 2007

Le photographe

Ce premier message est un modeste délire littéraire rédigé en moins de quatre heures: un record personnel pour moi. C'est une petite nouvelle sans prétention qui n'a été ni testée, ni commentée.
Je la dédie à Olivier, qui me l'a inspirée.
Merci, Motard brouillon :-)


Le photographe

Je l'ai rencontré sur l'autobus, le premier matin de mon nouvel emploi. J'ai été sidérée par sa laideur, et c'est sûrement la seule raison pour laquelle je lui ai porté la moindre attention. Son visage asymétrique, encadré de longs cheveux grisâtres, était incrustés d'yeux bleus à peine visible dans une mer de fines rides. Sa seule interaction avec moi ce jour-là a été un petit hochement de tête courtois, suite auquel je me suis précipitée à l'autre bout de l'autobus dans la crainte qu'il ne m'adresse la parole.

Je l'ai revu à bord du même autobus tous les matin, en prenant toujours bien garde de ne pas initier de contact avec lui. Lui, pourtant, me saluait de la tête chaque jour comme si nous étions des connaissances de longue date. Le cinquième jour, un vendredi, je n'ai eu d'autre choix que de m'asseoir à côté de lui, le bus étant plein. Ce qui devait arriver arriva: il me parla.

"Vous êtes une artiste, n'est-ce pas ?" m'a-t-il demandé en guise d'entrée en matière.

Je ne m'y étais pas attendue, à celle-là.

Pendant quelques secondes, j'ai fait mine de ne pas l'avoir entendu, mais c'était peine perdue: j'étais coincée dans cet autobus pour trente minutes et je ne pensais pas pouvoir prétendre faire la sourde oreille pendant tout ce temps. D'autant plus que ce type insistait.

"Vos vêtements", a-t-il poursuivi pour s'expliquer. "Vous vous habillez comme une artiste. Je suis photographe et je vois beaucoup de gens dans une année, mais seuls les gens qui ont l'art dans l'âme savent agencer les vêtements avec goût tout en défiant les styles."

Il s'est alors mis à me parler d'art, et de photo, et de la façon dont une photographie pouvait mettre à nu l'âme d'une personne. Il y avait quelque chose de fascinant dans son discours. Ce matin-là, le trajet vers mon travail m'a semblé plus court qu'à l'habitude.

La journée, par contre, m'a paru beaucoup plus longue.

Je venais de recevoir les photos pour le concept publicitaire sur lequel je planchais, et en les regardant, je ne pouvais m'empêcher de repenser au type dans l'autobus. Ces photos-là n'avaient pas d'âme. Je n'aurais pas dû m'en préoccuper, mais ce détail occupait toutes mes pensées. Les clichés étaient beaux et les poses, créatives, mais on ne voyait pas l'âme derrière les visages.

Ce soir-là, j'ai sorti mon appareil photo, abandonné depuis mes études. J'ai passé tout le week-end à parcourir la ville, fiévreusement, à la recherche d'un cliché possédant une âme. De rue en parc, j'ai sûrement pris des centaines de photos. Des gens, des objets, des plantes, des animaux. Aucun n'avait ce que je voulais, l'étincelle que je cherchais.

Le lundi matin, abrutie par le manque de sommeil, je suis montée dans l'autobus, des clichés plein les poches, à la recherche du photographe. Il était là, comme à l'habitude, assis à l'arrière. L'air faussement désinvolte, je me suis assise près de lui en me sentant totalement ridicule. Au moins, l'autobus était assez plein pour rendre ma manœuvre un peu crédible.

"Alors, ces photos, vous me les montrez ?" demanda-t-il en guise de bonjour.

Je ne pensais pas m'être déjà sentie plus désarçonnée.

Je lui ai montré mes photos, et j'ai attendu ses commentaires avec l'avidité d'une enfant de trois ans. Et les commentaires n'ont d'ailleurs pas manqué. Il m'a expliqué chacun des détails qui manquaient à mes clichés. Il m'a parlé de l'art obscur de leur insuffler de la vie. Puis il m'a montré une sélection de ses clichés. Ce fut une véritable révélation.

Et, aussi, le début d'une révolution.

La photographie est devenue pour moi comme une drogue. Chaque soir, je parcourais la ville, caméra en main; chaque matin, je montrais mes photos de la veille à Max, le photographe difforme. À quelques reprises, il est venu me chercher au travail pour m'accompagner dans mes explorations photographiques. Ces soirées se sont étirées jusqu'aux petites heures de la nuit.

Max avait certainement plus de deux fois mon âge et sa laideur faisait frissonner, mais son esprit créatif hors du commun faisait de lui un modèle, un mentor, presque un dieu de l'art. Il m'a montré la seule cliché dont la perfection m'ait fait pleurer. Il a élevé la qualité de mes photos à un niveau dépassant mes plus folles attentes. Il m'a rendue capable de produire des concepts publicitaires qui m'ont valu l'enthousiasme sans précédent de mes patrons et de mes collègues. Il a littéralement donné vie à mon art et à ma carrière.

Un jour, il m'a proposé de travailler avec lui pour une exposition basée sur le thème de la Belle et la Bête. Il voulait que nous prenions des photos l'un de l'autre, échangeant nos rôles devant et derrière la caméra. Cette perspective m'a remplie d'un enthousiasme sans borne, mais m'a aussi rendue un peu perplexe. Non seulement ses talents de photographes dépassaient-ils très largement les miens et je ne voyais pas pourquoi il voulait collaborer avec une débutante, mais je ne pouvais pas non plus imaginer pourquoi il désirait être pris en photo avec la tête qu'il avait. Mais il insistait.

Un samedi matin, je me suis donc rendue à son studio pour la première séance de photos. Il a insisté pour poser d'abord, et je suis tombée amoureuse de lui durant cette heure magique. Torse nu, exposé dans toute sa laideur, il était pourtant d'une générosité et d'un magnétisme à couper le souffle. Non content d'exposer l'âme des choses lorsqu'il les photographiait, il livrait la sienne sans retenue lorsqu'il posait.

Un moment extraordinaire.

Nous avons ensuite échangé nos places, et je me suis retrouvée devant l'objectif. Les premiers clichés m'ont remplie de nervosité, mais son regard magnétique a croisé le mien et il m'a guidée pour faire de moi l'instrument de son œuvre. Une heure plus tard, je contemplais les clichés qu'il avait pris sur l'écran de son ordinateur. Ils étaient sidérants. C'était comme observer une inconnue beaucoup plus belle que moi, mais pourtant je m'y reconnaissais profondément. Je regardais ces photos et j'y voyais mes passions, mes rêves, mes espoirs.

Extase artistique. Hypnotisée, j'ai à peine senti le couteau qui m'a tranché la gorge. J'ai simplement vu Max saisir sa caméra, les mains tachées de sang, avant de m'effondrer.